Une nouvelle maison

Originaires du Myanmar, les parents de Fon ont émigré en Thaïlande à la recherche d’une vie meilleure. Ils étaient travailleurs journaliers et ne gagnaient pas beaucoup d’argent.

« Je me souviens quand j’avais 2 ans, j’étais sortie avec mon père et quand nous sommes retournés à la maison, j’ai vu ma mère allongée sur le sol. J’ai essayé de la réveiller mais elle n’a pas répondu. À ce moment-là, je n’avais pas réalisé ce qui s’était passé. Ce n’était qu’à l’âge de 6 ans, lorsque j’étais en première année à l’école primaire, que j’ai interrogé mon père au sujet de ma mère et qu’il m’a dit qu’elle était morte. J’étais très triste et ça m’a fait mal d’entendre une telle chose », a déclaré Fon.Après la mort de la mère de Fon, son père travaillait moins et sa consommation d’alcool a augmenté. Ils ont déménagé dans une vieille petite hutte à côté d’une rizière loin de la ville. Ils n’avaient pas d’argent pour payer leurs factures.

« Le trajet pour aller [à l’école] était d’environ deux kilomètres. Je l’ai trouvé très difficile pendant la saison des pluies. Le chemin de terre se transformait en boue et ça éclaboussait toute ma jupe et mes chaussettes. J’arrivais à l’école en retard tous les jours et avant d’aller en classe, je devais laver la saleté et la boue accumulées sur mon uniforme. C’était très embarrassant », murmurait Fon.

Ses instituteurs ne pouvaient supporter de voir Fon dans cette situation difficile. Ils ont contacté la Rom Yen Foundation pour obtenir de l’aide. Le personnel de la fondation a pris des dispositions pour que Fon puisse habiter dans un refuge lorsqu’elle était en troisième année. Des mois plus tard, son père est venu lui rendre visite. Fon était ravie de le voir mais elle était choquée de voir son estomac aussi gros qu’une femme enceinte. Elle l’a supplié de voir un médecin. On lui a diagnostiqué une cirrhose du foie due à la consommation d’alcool.

Quelques années plus tard, la Rom Yen Foundation a cessé de gérer le programme du refuge. Ils ont communiqué avec le personnel du projet Keep Girls Safe (Garder les Filles en Sécurité) d’ADRA Canada et ils ont demandé un transfert pour Fon.

Fon a essayé de contacter son père pour lui faire savoir où elle était mais elle ne pouvait lui transmettre un message. Peu de temps après, le personnel lui a apporté la terrible nouvelle. Son père était décédé.

J’ai pensé : « Non, ça ne peut pas être vrai. Mon père n’est pas mort. Il ne peut pas me laisser comme ça. Il est la seule famille que j’ai. Je n’ai jamais rien connu d’autre. Le monde est devenu si froid et sombre. Je n’ai plus de famille. Je suis toute seule mais quand je suis entrée dans le nouveau refuge, j’ai eu l’impression d’avoir trouvé une nouvelle famille. Les responsables de la maison m’ont permis de les appeler « papa » et « maman ». Je me sentais vraiment bien. J’ai une nouvelle famille. J’ai appris beaucoup de choses comme faire de la cuisine, de la broderie, de l’artisanat, de l’agriculture et d’autres activités amusantes. Mon activité préférée est d’avoir un pique-nique dans la cour du refuge. Nous nous asseyons sur l’herbe, nous nous tenons la main et nous rendons grâce ensemble pour la nourriture », a déclaré Fon.

Keep Girls Safe (Garder les Filles en Sécurité) est un refuge qui offre un lieu d’amour et de sécurité pour les filles vulnérables comme Fon. Le refuge soutient les études de Fon à l’école et lui propose des activités utiles chaque semaine pour l’aider à acquérir des compétences professionnelles.

« Sans le refuge, je serais sans abri et je n’aurais pas d’éducation. Je n’ai pas de famille ou des proches parents ici. Je ne connais même pas mes parents au Myanmar. Je suis très chanceuse d’habiter chez ADRA », souriait Fon.

« Je voudrais exprimer toute ma gratitude aux donateurs qui soutiennent ce projet et qui m’ont aidé. Ils m’ont donné une chance pour étudier. Je crois vraiment que l’éducation est très importante pour moi car je n’ai ni citoyenneté, ni famille, ni argent. Si je n’avais pas reçu des connaissances scolaires, mon avenir serait condamné. » Fon étudie actuellement la couture dans un collège professionnel.

Histoire écrite par Arada Polawat (anciennement responsable des communications d’ADRA Thaïlande)