Réflexions du coordonnateur sur le terrain aux Philippines

Par Lacey Willmott

La coordination sur le terrain peut être un oxymore, surtout lorsque vous êtes Canadien et que vous êtes chargé de coordonner la logistique et les expériences d’apprentissage pour trois étudiants canadiens qui visitent un important projet de santé et de développement dans les Philippines rurales. La plupart du temps, le travail sur le terrain semble être tout sauf coordonné. Heureusement pour moi, le personnel du projet EMBRACE à ADRA Philippines a fait en sorte que tout se passe aussi bien qu’on pouvait l’espérer – et ce pendant la saison des pluies, rien de moins !

Après une brève séance d’orientation à Toronto et au bureau national d’ADRA Philippines, je suis arrivée au bureau régional du projet EMBRACE à Goa, Camarines Sur, au début de juillet. J’avais environ un mois pour préparer le voyage des agents du changement (AdC) avant leur arrivée aux Philippines. Heureusement, j’ai déjà vécu aux Philippines (bien que dans une région différente) et j’ai enseigné un cours sur le terrain l’été dernier en Indonésie. Par conséquent, je savais à quoi m’attendre et ce qu’il fallait faire. Mon objectif était de faire en sorte que les AdC aient une visite sécuritaire, agréable et instructive qui leur permette de d’effectuer leur engagement public à leur retour au Canada, et de s’assurer que la voyage des AdC était une expérience positive pour le personnel du projet EMBRACE à ADRA Philippines.

J’ai passé le mois de juillet à apprendre sur le projet EMBRACE, à « tester » toutes les activités, à programmer et planifier la logistique pour le voyage des AdC. De par ce fait, j’ai passé beaucoup de temps sur le terrain avec le personnel du projet EMBRACE d’ADRA Philippines. Apprendre à les connaître et à apprendre d’eux a été l’un des points forts de cette expérience pour moi, et j’en suis sûr pour les bénéficiaires du projet. J’étais continuellement impressionnée par leurs connaissances, leur expérience et leur véritable enthousiasme pour chacun de leurs travaux dans le cadre de ce projet. De nombreux bénéficiaires du projet partageaient également ce sentiment avec moi et cela était évident pendant les activités du projet. Un projet bien intentionné a besoin d’une grande équipe pour le mettre en œuvre, afin d’avoir un grand impact sur les familles et les communautés.

J’ai observé que certaines approches et pratiques de l’équipe du projet ont vraiment fait une différence dans leur travail et pour les bénéficiaires. Leur collaboration au sein et entre les groupes de travail permet des activités de projet véritablement intégrées. Si un bénéficiaire pose une question reliée à WASH-EAH (eau, assainissement et hygiène) au cours d’une séance d’engagement sanitaire préventif, le personnel est en mesure d’y répondre et de soutenir le bénéficiaire parce le personnel est informé et engagé dans toutes les dimensions du projet. L’approche du projet centrée sur la communauté est également utilisée par l’ensemble du bureau pour la planification, la collaboration et la prise de décision.

Leur application de ces approches et pratiques rend plus facile et plus naturel pour eux de soutenir les bénéficiaires qui pratiquent de telles approches et pratiques au sein de leurs groupes communautaires dans le cadre du projet. L’égalité des genres est une priorité et elle est véritablement intégrée dans leurs pratiques. Soutenir et permettre l’égalité des sexes pour les activités du projet et au sein des communautés bénéficiaires est mieux accompli en établissant eux-mêmes un exemple positif et par la consolidation continuelle. Faire des choses simples comme utiliser un langage sensible au genre et en tenir compte dans la logistique fait une grande différence. Le personnel a d’abord désigné les groupes bénéficiaires comme des groupes de santé maternelle et infantile, mais il s’est vite rendu compte que cette langue sexuée pouvait avoir une incidence sur la participation équitable.

Pour y remédier, ils ont changé le nom des groupes en Groupes de soutien communautaire (GrSoCo) pour les rendre plus accueillants pour tous. L’amélioration continue est une priorité pour le projet EMBRACE. Ils organisent des sessions d’apprentissage hebdomadaires sur divers sujets reliés au projet auxquels tous les membres du personnel participent, et ils dépassent régulièrement leurs exigences pour inclure des bilans informels des activités du projet en particulier afin de maximiser l’impact et l’expérience des bénéficiaires. Grâce à leurs relations authentiques avec les bénéficiaires du projet et les parties prenantes, ils peuvent apprendre d’eux et les placer réellement – ainsi que leurs perspectives et leurs besoins – au centre du projet. Ensemble, cela contribue à une meilleure gestion, à la réalisation des projets et à la réactivité aux besoins dynamiques de plus de 1 000 familles dans plus de vingt barangays (communautés) par année.

Travailler avec cette équipe et observer ce projet a été tout aussi inspirant et instructif pour moi. Je suis reconnaissante pour l’occasion qui m’est donné de servir et de contribuer à ce projet et de montrer cet exemple positif aux agents du changement, car c’était leur première rencontre « réelle » avec la santé et le développement à l’échelle mondiale. Faire partie du véritable changement et de l’amélioration de la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants, et de la nutrition pour les familles et les collectivités dans le cadre de ce projet est un bon début pour leur avenir et une belle histoire à partager avec leurs concitoyens canadiens.

Lacey Willmott est la coordonnatrice sur le terrain pour le voyage des agents du changement aux Philippines. Elle est une professionnelle de la santé et du développement à l’échelle mondiale. Elle est également une candidate au doctorat à l’University of Waterloo où elle effectue une recherche sur le développement, la santé à l’échelle mondiale, les catastrophes et le genre.