Changer des vies dans le barangay

Un « barangay » est la plus petite division administrative des Philippines et c’est le mot indigène philippin pour le village, le district ou la paroisse. Le programme EMBRACE d’ADRA Canada travaille dans certains des barangays les plus éloignés et isolés du pays. La volontaire canadienne, Jordan Venton-Rublee, est en train de séjourner durant une année aux Philippines pour observer et documenter le programme EMBRACE et comment ce programme est en train de changer et de sauver des vies. Elle s’est récemment rendue avec l’équipe d’ADRA composée de travailleurs spécialisés dans la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants (SMNE) pour visiter le barangay de Sumaoy, l’un des districts insulaires les plus isolés de la province de Camarines Sur.

Voici son rapport :

Au début du mois de novembre, l’équipe EMBRACE SMNE a parcouru la terre et la mer pour animer la dernière formation sur la sensibilisation au genre pour les barangays sélectionnés cette année. Situé à l’entrée de l’océan Pacifique, le barangay éloigné de Sumaoy a les taux les plus élevés d’enfants souffrant d’un poids insuffisant au sein de tous les barangays qui reçoivent l’aide d’ADRA cette année. Ce barangay est rempli de citoyens désireux d’en apprendre davantage sur la lutte contre cette maladie au sein de leurs communautés.

Pour aller à Sumaoy depuis le bureau d’EMBRACE, il faut entreprendre un voyage de deux heures sur des routes montagneuses cahoteuses jusqu’à Garchitorena, et ensuite deux heures de plus à bord d’un petit bateau à travers les mers rocheuses pour enfin atteindre la communauté de l’île.

Rassemblés dans le centre d’évacuation de l’île, une quarantaine de responsables de la santé et de leaders communautaires se sont réunis pour apprendre les moyens de s’attaquer aux stéréotypes dans leur propre village. La formation animée par l’équipe SMNE était centrée sur le leadership, le renforcement de l’esprit d’équipe et les aptitudes à l’écoute, ainsi que sur la sensibilisation aux questions du genre. L’objectif était de dissiper les idées fausses et de trouver des moyens de favoriser un environnement plus compréhensif au sein du village et des maisons. C’est un élément clé des premiers travaux effectués sur le terrain dans la province de Camarines Sur.

Âgée de seulement 38 ans, Ivy est à la fois mère et grand-mère dans sa communauté et elle est également une des leaders communautaires depuis 2009. Elle a réfléchi à la formation qu’elle a reçue, partageant qu’elle a beaucoup appris au cours de la journée – y compris les compétences qu’elle a l’intention d’enseigner à sa famille et à son jeune petit-enfant.

« Je suis vraiment heureuse d’apprendre et de faire partie de ce groupe, surtout maintenant que j’ai un enfant qui a elle-même un jeune enfant. Je pense que je peux appliquer les connaissances aujourd’hui acquises auprès de mes groupes de parents et en tant que leader dans ma famille comme mère et grand-mère. »

Dans la région, les obstacles à la prise en charge des femmes enceintes sont multiples. L’une des premières étapes pour résoudre ce problème consiste à analyser la manière dont le genre est perçu dans les communautés ciblées par le projet.

Nhes – une habitante de barangay, experte en nutrition à Sumaoy –  fait un travail d’avant-garde pour lutter contre la malnutrition sur l’île. Dans son travail au jour le jour, elle s’occupe de peser les enfants, de vermifuger, de fournir des vitamines et de surveiller la santé et la nutrition des plus jeunes enfants du village.

Elle a expliqué qu’elle se sent mieux préparée maintenant, et plus confiante dans sa capacité à effectuer son travail. Nhes a même fait remarquer qu’elle avait peut-être des préjugés auxquels elle n’avait jamais pensé en matière de genre. « Il est important pour un animateur d’être sensible au genre, d’être conscient des sentiments des personnes de l’autre sexe. »

Benal San Gabriel, l’un des nombreux hommes présents, est un capitaine de barangay et il a affirmé qu’il était désireux de ramener les compétences qu’il a acquises à sa famille. « Je peux constater que cette formation est utile, car elle me rendra plus autonome en tant que fonctionnaire de la communauté et je peux la partager avec ma famille et mes voisins. »

En tant que l’un des responsables de la SMNE qui a facilité la formation le mercredi, Glaiza Fabelllon a réfléchi sur le fait que cette formation avait été nécessaire dans la communauté. « C’est assez nouveau pour eux, surtout en ce qui concerne la dimension du genre, car j’ai remarqué qu’ils ne sont pas vraiment conscients des petites manières dont nous pouvons ignorer les autres genres. »

L’un des principaux objectifs du programme EMBRACE est d’améliorer la santé des mères et des enfants en améliorant leur nutrition. Francia, Sonia et Isabella sont toutes des agentes de santé communautaires au sein de la municipalité, ainsi que des bénéficiaires du programme EMBRACE, et elles sont toutes chargées d’observer les familles au sein du barangay. En parlant avec elles, elles ont partagé avec moi comment EMBRACE les aide ainsi que leurs amis.

Sonia a évoqué le fait que les compétences enseignées lors de l’orientation ne sont pas seulement importantes pour elle en tant que fonctionnaire, mais aussi pour sa propre famille, car elle a aussi un enfant à la maison souffrant de malnutrition. « Nous essayons de penser à des solutions pour éviter cette sous-alimentation. Beaucoup de mères sont mal nourries. Les mères enceintes qui souffrent de malnutrition peuvent transmettre cela à leurs enfants. Les enfants peuvent également être affectés par l’état nutritionnel de leur mère. »

Elles ont également souligné que beaucoup de familles ne disposaient pas de toilettes adéquates et que les conditions sanitaires dans leurs foyers laissaient beaucoup à désirer. Même si de grands progrès ont été réalisés avec le début de la formation nutritionnelle, elles ont rapidement fait remarquer qu’il restait beaucoup de travail à accomplir.

 « Il y a un manque de médicaments dans le centre de santé pour les enfants, l’accès au transport pour aller dans les villes à l’extérieur de l’île fait défaut. Il y a des situations où les conditions météorologiques rendent le voyage difficile à effectuer. Nous manquons également d’équipement et nous espérons qu’ADRA sera en mesure de nous aider avec l’équipement nécessaire. Nous espérons prendre les compétences que nous apprenons et les appliquer dans nos foyers et notre communauté. Nous espérons que même après qu’ADRA ne soit plus là, nous pouvons continuer à les appliquer et les partager avec notre communauté. »

« Nous espérons que quand ADRA sera parti, il y aura une diminution du taux de sous-alimentation dans cette communauté avec moins de cinq enfants, mais aussi pour tout le monde dans cette communauté », a remarqué Sonia, « non seulement par rapport à la malnutrition physique mais aussi au sujet de leur mode de pensée. »

Isabella a conclu en disant : « Je remercie beaucoup ADRA d’être venu ici, malgré la longue distance. Et pour avoir partagé leurs connaissances avec nous, je suis vraiment reconnaissante. »

Le projet EMBRACE est un partenariat multidimensionnel entre ADRA Canada, ADRA Philippines et Affaires mondiales Canada. Le programme EMBRACE est également opérationnel au Cambodge, au Myanmar et au Rwanda.

Jordan Venton-Rublee est actuellement une coordonnatrice des communications techniques au nom de Youth Challenge International (YCI) et d’ADRA Canada, et elle est basée sur le terrain à Camarines Sur, aux Philippines. Originaire de Toronto, Jordan est une diplômée de l’Université McGill, où elle s’est spécialisée en sciences politiques et en histoire. Issue d’une formation en journalisme axée sur la justice sociale, Jordan est une passionnée du pouvoir qu’ont le journalisme et les communications pour créer un changement social équitable.